Les éditos de Marie


Chatouillez les enfants!

20 janvier 2012 Catégories: Les 5 à 7 de Marie B, Stars et starlettes, Trop bon

On croit le connaître, mais le connait-on vraiment? On rigole bien dans ses albums mais ses histoires ne sont-elles que de grosses blagues absurdes?

Philippe Corentin est un auteur « à part » dans le milieu de la littérature jeunesse parce qu’il est encore lui-même un enfant. Oui, il veut faire rire les petits car il a horreur des gens qui se prennent au sérieux. Oui, il aime que ses personnages fassent des bêtises, bougent, mangent trop et jouent les gros durs, mais à travers ces actions qui ressemblent fort à celles de nos petits de cinq ans, il bouscule les stéréotypes et nous amène à comprendre que le risque de l’aventure  forme la jeunesse!

…Au risque de se faire dévorer, au risque d’avoir peur, au risque de se faire gronder par papa! …et Plouf! et Patatras! et Tête à claques!…Rien que les titres, nous en disent long sur l’esprit de cet auteur qui n’enferme jamais ses personnages dans des rôles bien définis.

Corentin sera à l’honneur cette semaine (ATTENTION, IL NE SERA MALHEUREUSEMENT PAS LÀ EN PERSONNE!) avec une rencontre à Montréal (au choix le mardi 24 janvier à 13h30 ou le mercredi 25 à 17h15. Contacter Mathilde Routy: mrouty@gallimard.qc.ca). Un atelier pour explorer d’un peu plus près ce créateur dont le dessin se situe entre le Bugs Bunny de Tex Avery, le Gédéon de Benjamin Rabier, Fifi Brindacier et les personnages du Roman de Renart. Tout un programme! Sans compter ses loups au nez de clown, ses cochons rose bonbon et ses lapins aux terriers fabuleux dans lesquels on descend presque caméra à l’épaule.

Corentin ou Le mouvement de l’être sera l’intitulé évocateur  d’une nouvelle thématique du blogue. Des dossiers pédagogiques sont téléchargeables sur le site www.ecoledesmax.com (archives) et vous trouverez des fiches disponibles sur L‘Afrique de Zigomar et  Mademoiselle Sauve-qui-peut dans la rubrique ENSEIGNANTS (1er cycle) du blogue.

Dernière information: une vidéo est disponible sur le site www.lecture.org. Elle montre la découverte de l’album Tête à claques par des élèves de maternelle. Hilarant!

Chatouillez les enfants avec cet auteur à exploiter à tout prix.

Dossier Corentin: « Philippe Corentin ou le mouvement de l’être »

Une fois encore!

16 janvier 2012 Catégories: Trop bon

Prêts à raconter 15 fois la même histoire? Celle-là est irrésistible!
Emily Gravett nous régale une nouvelle fois (souvenez-vous du livre Les loups ou encore de Mon singe et moi)  avec un jeu de méta-fiction. Dans Une fois encore!, la vie d’une histoire devient pure réalité. De la tendresse des premières  pages à la colère des dernières, qu’a-t-il bien pu se passer?

1. C’est l’histoire d’un petit dragon qui écoute sa maman lui raconter une histoire. Il trouve ça drôlement intéressant d’entendre  » Cédric le dragon (…) n’est jamais de toute sa vie allé au lit. » On y parle aussi de mets succulents. Ça lui donne même des idées…

2. C’est l’histoire d’une maman dragon si fatiguée de raconter qu’elle finit par s’endormir sur l’oreiller avec le doudou de son dragounet. De l’histoire originale, ne restent que quelques mots dont les plus importants: je te le relirai demain.

3. C’est l’histoire d’une histoire qui n’est plus cohérente du tout à force d’être transformée par la maman.

4. C’est une histoire sur le plaisir d’entendre un récit, sur l’excitation que cela apporte, mais aussi la frustration voire la colère qui monte lorsque ça s’arrête.  Il faut que je ferme le livre, il brûûûûle!

5. Finalement, c’est un livre qui joue complètement à l’encontre du « prends un livre, ça te calmera! »

« Émily Gravett, c’est un génie! » s’exclame Anna Gavalda dans une de ses critiques (ELLE, 18 novembre 2012)

Une fois encore!, Émily Gravett, éditions Kaléidoscope

J’ai vu Tomi Ungerer

11 janvier 2012 Catégories: Stars et starlettes, Trop bon

3 janvier 2012. Me voici dans le train en partance pour Strasbourg. Je pars sans une idée précise de cette ville. Je n’ai rien lu sur son histoire, sa cathédrale. Je ne me souviens plus si elle a été bombardée par les allemands. Je sais simplement qu’aujourd’hui s’y trouvent le Parlement Européen et le Musée Tomi Ungerer.  C’est pour lui que j’y vais. Pour Tomi, Otto, Zeralda, Rufus et Jean de la Lune.

Tomi, j’espère le croiser au détour d’une pièce ou dans le magnifique escalier central de cette demeure qui abrite ses dessins, aquarelles et sculptures. On l’imagine facilement  en train de discuter avec les gens dans les salles. Un rire fort, un peu provoquant. Il n’était pas là mais il était partout. Ungerer, c’est fou. Il est fou et très intelligent. Dans ses livres, la mort côtoie la satire, et le romantisme l’humour. Pas de complaisance pour ses lecteurs, et notamment ses jeunes lecteurs auxquels il ne veut pas mentir sur la vie. Cet artiste, traumatisé par la guerre et l’entrée des nazis dans sa ville, est le porte parole d’idées essentielles pour l’humanité : le rejet, l’injustice, la lutte contre la tyrannie et l’espoir que chacun peut devenir meilleur. 

Il a défendu et défend encore ses idées que ce soit à travers le livre pour enfant, son travail d’affichiste ou ses engagements à des moments clefs de l’histoire humaine (guerre du Vietnam, droits des enfants…). Ce musée montre aussi la façon géniale dont il a absorbé les univers graphiques les plus divers, de la peinture de vitrail à Chaplin, de Toulouse Lautrec à Walt Disney, de Goya à Hokusai. Se côtoient ses dessins préparatoires, ses originaux de livres pour enfants, ses affiches  et les dessins et sculptures érotiques (que l’on a pris soin de placer au sous-sol). À 80 ans, il dessine encore comme un maniaque, bricole toujours,  imagine sans cesse des livres, continue à provoquer, à questionner par les zones grises et les ambiguïtés qui sont le propre de son oeuvre. « Je suis essentiellement un dessinateur. C’est le dessin qui m’intéresse parce que ça exige beaucoup de rigueur….Mais ce qui me plaît dans le trait, c’est qu’il ne pardonne pas. »"(…) Une fois qu’on dessine trop bien on perd son innocence. Il n’y a rien de plus ennuyeux que la perfection ».

Avec Ogres, brigands et compagnie, l’école des loisirs lui rend hommage. Mais la vie continue et sortiront au printemps deux nouveaux albums axés sur l’idée de la forme: Où est ma chaussure? et Où est l’escargot?

« Tomi Ungerer, promeneur insoumis », Pauline Décot, Culture communication, décembre 2011-janvier 2012

« Tomi Ungerer dans tous ses éclats », Olivier Delcroix, Le Figaro, 30 décembre 2011

Souvenirs du Salon du livre de Montréal

22 décembre 2011 Catégories: Les « niouzes »

Avant de vous quitter pour les vacances, nous avons voulu vous offrir un petit cadeau en hommage à ces derniers mois. Le Salon du livre de Montréal en photos.

L’équipe jeunesse vous souhaite un joyeux temps des fêtes.
 

 

Nous serons de retour le 9 janvier 2012 avec nos suggestions et coups de coeur de lectures.

CHEVAL DE GUERRE, épopée humaine

21 décembre 2011 Catégories: Les « niouzes », Trop bon

CHEVAL DE GUERRE, le grand roman de Michael Morpurgo
aujourd’hui adapté au cinéma par Steven Spielberg. Dans les salles le 25 décembre.
Été 1914. Dans la ferme de son père, en Angleterre, Albert grandit en compagnie de son cheval bien aimé, Joey. Pendant ce temps, des armées se préparent à s’affronter dans le cauchemar de la guerre. Dès lors, le destin de Joey est tracé : il devient cheval de guerre. Il vit bientôt l’horreur des combats auprès des Britanniques, des Français ou du côté des Allemands. Pour lui, il n’y a pas d’ennemis, seulement des hommes. Joey partage leurs souffrances et leurs peurs, mais il sait leur redonner de l’espoir.

Tous les romans de Michael Morpurgo pourraient être portés au cinéma. Parce qu’ils contiennent des émotions, parce qu’ils permettent souvent des voyages dans le temps et l’espace, parce qu’ils ont une portée universelle et intergénérationnelle. Cela aurait pu être Soldat Peaceful ou Le royaume de Kensuké. Spielberg a choisi Cheval de guerre. Et on le comprend!

Né d’une anecdote amusante (un tableau trouvé dans le grenier d’une ferme dans lequel on voyait des soldats britanniques chargeant au milieu des fils barbelés dont les chevaux étaient déjà prisonniers), l’histoire permet à l’auteur de créer une rencontre entre des personnages fictifs et la Grande Histoire comme il le fait souvent. À travers le récit, les personnages sont traités dans leur complexité, avec leurs problèmes de choix face aux complications imposées par les circonstances historiques. C’est à Joey, cheval de guerre, que les soldats anglais puis allemands, confient leurs souffrances et leur aspiration à la paix… 

Il y a tous les éléments pour en faire un film d’une grande ampleur, mais pour ceux qui auront la chance de lire le roman d’aller au cinéma, il y aura aussi la chance d’être dans l’intimité des mots et des émotions de Joey. Son regard sur les humains en dit long sur notre espèce.

Découvrez une magnifique et bouleversante histoire d’amitié, de sagesse et d’humanité par un des plus grands auteurs de littérature de jeunesse.

Michael Morpurgo est l’auteur d’une centaine de livres pour enfants qui ont remporté de prestigieux prix littéraires. La publication de Cheval de guerre, en 1982 lance sa carrière d’écrivain. Ardent défenseur de la littérature jeunesse, ce formidable conteur d’histoires est aujourd’hui considéré comme un auteur incontournable.

Cheval de guerre, Michael morpurgo, Gallimard jeunesse, ISBN 9782070646623

Livres exceptionnels pour Noël

15 décembre 2011 Catégories: Les « niouzes »

Découvrez une sélection de livres exceptionnels à glisser sous le sapin: albums à lire dans l’intimité le soir en famille ou encore livres jeu pour éveiller et rendre curieux.

SCRIPTO, des romans tout en émotions

12 décembre 2011 Catégories: Trop bon

Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre de Ruta Sepetys, fait partie de ces romans qui laissent des traces et continuent à vivre en vous longtemps après. L’histoire de Lina et des siens pourrait être celle malheureusement universelle des nombreuses victimes de déportations ou de génocides. Pourtant, au-delà du sujet ardu de l’extermination par Staline des peuples d’Estonie, de Lituanie et de Lettonie  pendant la seconde guerre mondiale, ce roman est traversé d’amour et de courage pour ceux que l’on aime et ceux qui nous attendent peut-être à l’autre bout du cauchemar, à l’autre bout du chemin. Il montre l’horreur, la haine, la violence et la cruauté, mais il est rattrapé par la puissance intérieure des personnages capables de résister, de pardonner, de vivre et d’aimer par exigence de ne jamais abandonner… C’est en effet l’amour qui a sauvé les hommes et les femmes de ce peuple coupable simplement d’exister. Pour Lina, c’est aussi le dessin et le souvenir  des instants précieux et bienheureux qu’elle se remémore sans cesse pour tenir et y puiser sa matière première de vie. Son récit chronologique est ponctué de retours en arrière et de descriptions de dessins que le lecteur s’imagine fort bien. En mémoire d’Édouard Munch qu’elle vénère, en mémoire de son père qu’elle ne veut jamais oublier. Cela, personne ne pourra lui voler.

Ce roman reflète la qualité de la collection SCRIPTO chez Gallimard jeunesse, offrant des VOIX fortes  en émotions à travers des histoires d’adolescents dont le destin, bouleversé par la famille ou la société oblige à se questionner, douter et trouver un sens à leurs propres vies. Par une littérature  réaliste et souvent poétique, les romans SCRIPTO invitent souvent les jeunes à se dépasser. Chaque livre est une aventure, une exploration de soi et  des autres.

Pépites du salon du livre de Montreuil

03 décembre 2011 Catégories: Les « niouzes »

Le salon du livre jeunesse de la Seine Saint-Denis à Montreuil a ouvert ses portes et chaque année, il joue un rôle important dans la révélation  d’ouvrages mis en lumière par la remise de prix qui leur donneront longue vie. C’est le cas des deux livres que j’évoque plus bas,  dans deux genres totalement différents: Mäko, de  Julien Béziat chez Pastel, élu pépite premier album et Enfants de tous les temps de tous les mondes, collectif dirigé par Jérôme Baschet chez Gallimard Giboulées, pépite du documentaire.

Je l’ai vu passer, noyé parmi les albums de la production automnale. J’avais remarqué la facture intéressante, les couleurs glacées dans les dégradés de bleus, le graphisme, les cadrages exceptionnels, le travail à la plume. J’aimerais revenir sur l’histoire. Ce livre est fascinant. Le premier d’un auteur prometteur et d’emblée, à classer dans la catégorie albums résistants. Mäko le morse sculpte la banquise et grâce à lui,  chacun sait où trouver sa nourriture. Seulement voilà,  la banquise part en morceaux. La vie est bouleversée. Comment la magie continuera-t-elle à s’exercer pour réussir à trouver à manger? C’est le mystère de Mäko. Mais la vie entière est un mystère, n’est-ce pas? Elle est comme ce petit poisson a l’air tropical qui vient se balader dans les eaux glaciales de la dernière page. Réchauffement planétaire? Imaginaire de Mäko?

L’imposant documentaire de Jérôme Baschet vise à aider les enfants, mais aussi les adultes, à se situer dans le temps et dans l’espace, de se poser les questions essentielles sur nos origines, nos racines, notre culture pour mieux saisir les différences et la pluralité du monde qui les entoure et se construire dans l’altérité. Tel est le projet de ce « livre-monde » qui, à travers les civilisations et les siècles donne un regard pluriel et fait comprendre que l’on est toujours un parmi tant d’autres. Sept années de travail pour aboutir à trente chapitres thématiques à travers l’histoire de l’enfance dont une large partie est consacrée aux enfants d’aujourd’hui. Une initiation à la diversité des mondes sociaux. « Il n’y aura pas de société vraiment humaine qui ne fasse de l’enfance l’une de ses plus hautes valeurs ». (Jérôme Baschet)

Mô-Namour

24 novembre 2011 Catégories: Les « niouzes »

Mô-Namour. Ne vous y trompez pas, ce livre n’a rien de tendre ni de mièvre. Nous sommes loin du monamour de Babette Cole  et de Je t’aimerai toujours de Robert Munsch qui parlent de tendresse et d’attachement. Ici l’amour se traite mal,  il abandonne ceux qu’il aime. Ici, l’amour pense qu’il est Damourédemorht. Nous sommes dans du Ponti, du pur et dur. Le Ponti de Okilélé et de Schmélele. Le Ponti des êtres pour qui la route est difficile, brutale et cruelle.

Au départ: un accident violent contre un arbre Borderoutte…Non, mais qu’il faisait là, celui-là? Isée,  projetée du véhicule et sonnée, regarde ses parents partir très haut dans le ciel et « elle pleure toute penchée », tête baissée, yeux à terre. Ensuite: la solitude, la douleur de l’absence, l’enfermement pour se mettre à l’abri. La petite Isée  fragile et vulnérable aurait besoin que quelqu’un s’occupe d’elle. Que va-t-elle devenir? Bien sûr, elle a son Tadoramour, mais un doudou  ne remplace pas tout. Alors quand  Torlémo Damourédemorht la trouve dans son jardin de bois mort et qu’il l’appelle Mô-Namour, elle le suit. Et puis elle aime jouer à la baloune et faire des gâteaux, comme lui. Seulement voilà, c’est avec elle que Torlémo joue à la baloune. Il prend toutes sortes de raquettes et la met dans toutes sortes de balles. Et c’est elle dont il se sert pour faire des gâteaux. Des gateaux, de plus en plus gros. Il joue de plus en fort et ça fait mal. Mal à l’âme, mal au corps, mal dans notre corps à nous lecteur, mal pour Isée. Quelques pages plus loin, Isée est pleine de bleus. Quel choix a-t-elle? Quelle chance a-t-elle d’échapper à cela ? La chance d’écouter son étoile.  Celle « tombée de sa douleur ». Cette petite étoile, c’est l’espoir qu’Isée soit sauvée. Bien sûr, ce serait trop facile qu’Isée le comprenne tout de suite et s’enfuit. Il faudra qu’elle crie, qu’elle hurle, sorte sa haine, sa violence et sa douleur pour se libérer de Torlémo. Elle va s’en sortir et Claude Ponti traite de cela au sens propre et au sens figuré. Encore un long tuyau, monstreux cauchemar, pour accéder à la lumière et atteindre le monde, un monde où « les arbres sont tranquilles ». L’étoile continue à protéger Isée et utilise sa magie d’ouvrecosse (une allusion à  L’arbre sans fin?). Enfin, le douloureux voyage est terminé. Les parents ont eux aussi fait un long voyage pour retrouver leur Isée. Ils sont là, désormais, et l’apaisement arrive comme une grande respiration.

Il faut s’appeler Ponti pour aborder  un thème aussi grave et douloureux, il faut ce génie là pour oser DIRE, et, à travers Isée, faire parler tous les blessés de l’amour, de la malaimance et de la maltraitance. Chacun au creux de nous-mêmes, savons combien les enfants sont fragiles et combien guérir de l’enfance peut prendre du temps. Isée, elle, est apaisée et redonne un souffle au bonheur de vivre que chaque enfant devrait connaître. Cela s’appelle la résilience?

Mô-Namour, Claude Ponti (l’école des loisirs, 2011)

Toute seule loin de Samarcande

12 novembre 2011 Catégories: Les « niouzes », Trop bon

Gagnant du Prix Québec-Wallonie-Bruxelles 2011, le roman de Béa Deru-Renard, Toute seule loin de Samarcande, évoque l’histoire de Regina, jeune fille d’origine arménienne née en Ouzbékistan, ancienne république soviétique. Malheureusement pour elle et sa famille, à l’éclatement du régime soviétique, Samarcande, où ils vivent, devient devient une ville dans laquelle ils sont considérés comme étrangers. On ne veut pas de gens comme eux, moitié russes, moitié arméniens. Cette époque, qui ne nous est pas si éloignée (l’indépendance ouzbèque date de 1991), a vu s’élever des courants nationalistes tels qu’à nouveau ce sont  manifestés des injustices, des dictats et des guerres civiles. Pour beaucoup de familles, comme celle évoquée dans le roman, le salut et l’avenir se situait à l’Ouest. Tous les sacrifices iront à Régina pour l’aider à fuir, à partir loin et se donner la chance d’une vie meilleure. Bien sûr les conditions d’exil sont difficiles et rudes. Ils forcent l’adolescente  qui déjà a vécu des drames, à confronter les sentiments d’abandon et de peur liés à celui d’être apatride. Elle laisse derrière elle son père, mort devant ses yeux, sa mère malade, ses grand-parents et ses premiers émois amoureux!

L’auteure rythme son récit à partir de l’arbre sous lequel Regina a été abandonnée, jetée d’une voiture. À travers les quelques heures qu’elle y passe, adossée, tremblante de peur, de faim et de froid, la jeune fille fait remontrer en elle ses souvenirs, ceux joyeux de sa petite enfance bercée des récits du grand-père Takvor, et ceux plus dramatiques des derniers mois. Elle sait qu’elle ne reverra pas les siens.

Roman sensible, le premier de cet auteure qu’on a lue chez Pastel à travers des albums réalisés en collaboration avec plusieurs illustrateurs, puis dans la collection Archimède de l’école des loisirs. Pas étonnant pour cette enseignante d’histoire de s’intéresser aux vies de Galilée (Angelo et le messager des étoiles, 2009) ou de Rembrandt (Cornélia dans la ronde de Rembrandt, 2011). Et aujourd’hui à l’histoire contemporaine.

Pour le Canada, pays d’immigration, ce roman a toute sa raison d’être. Il sensibilisera les adolescents non seulement au phénomène de l’immigration mais à l’esprit de tolérance et de curiosité des autres cultures.
« Spaciba. C’est le premier mot que Regina prononce dans son pays d’accueil. Merci. C’est souvent le premier mot que prononcent les réfugiés quand ils sont hébergés dans les centres d’accueil en Europe. »

Spaciba, Béa.

(Toute seule loin de Samarcande, l’École des loisirs 2011, collection Medium)

LE PRIX QUÉBEC-WALLONIE BRUXELLES SERA REMIS À BÉA DERU-RENARD PENDANT LE SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL, LE LUNDI 21 NOVEMBRE À 9H30 (grande place). Elle y lira quelques extraits de son roman tandis que défileront des photos d’Ouzbékistan sous les yeux du public. 9 classes sont invitées à assister à cette remise de prix.

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